La ville de Tanger a abrité, ce lundi, un colloque national consacré au thème : « La libération conditionnelle : vers une approche équilibrée entre l’élargissement des possibilités de libération et la réduction des risques », organisé par le ministère de la Justice en partenariat avec l’Institut danois contre la torture (DIGNITY). Cette rencontre a permis de discuter des perspectives d’amélioration de ce mécanisme légal et de son rôle dans la réduction de la surpopulation carcérale ainsi que dans la réinsertion sociale des détenus.
Ont pris part à ce colloque des représentants du ministère de la Justice, du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, de la Présidence du ministère public, de la Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion, du Parlement, en plus d’experts marocains et danois et d’acteurs de la société civile. Les participants ont débattu des moyens de renforcer l’application effective de la libération conditionnelle et d’élargir son champ d’utilisation.
Dans son allocution d’ouverture, lue en son nom par Hicham Mellati, directeur des affaires pénales, le ministre de la Justice a souligné que ce mécanisme repose sur des référentiels constitutionnels et internationaux, notamment ceux relatifs à la garantie des droits des détenus et à la bonne gouvernance des services publics, ainsi que sur les orientations royales insistant sur la dimension sociale de la justice.
Mellati a rappelé le contenu du discours royal prononcé à l’ouverture de l’année judiciaire en 2003, ainsi que les conclusions de la Charte nationale pour la réforme du système judiciaire, affirmant que la libération conditionnelle représente une évolution majeure de la pensée pénale en tant qu’outil de réinsertion, encourageant la bonne conduite au sein des établissements pénitentiaires tout en contribuant à désengorger les prisons.
De son côté, Fatima-Ezzahra Bensaid, cheffe de la division des procédures pénales et des droits humains au Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, a mis en avant le rôle central du Conseil dans la coordination des efforts liés aux peines privatives de liberté. Elle a estimé que le choix du thème du colloque reflète les préoccupations actuelles relatives à la réduction de la surpopulation carcérale.
Pour sa part, Ahmed Ouali Alami, chef du pôle de l’action publique à la Présidence du ministère public, a affirmé que la libération conditionnelle constitue un outil essentiel parmi les mécanismes mis en place pour gérer les problématiques du système pénitentiaire. Il a ajouté que la Présidence du ministère public s’est engagée, en coordination avec les différents partenaires, dans plusieurs initiatives juridiques et pratiques pour renforcer les droits constitutionnels des détenus.
Dans le même sens, Hassan Hamina, directeur du contrôle judiciaire à la Délégation générale à l’administration pénitentiaire, a relevé l’évolution significative enregistrée dans ce domaine. Il a indiqué que, bien que le nombre de bénéficiaires reste faible par rapport à la population carcérale totale, il représente un “acquis symbolique majeur”. Il a expliqué que ce mécanisme a un impact cognitif et émotionnel fort, car il incite les détenus à adopter un comportement exemplaire et leur transmet le message que la société leur offre une seconde chance.
De son côté, Abderrahmane Jamali Idrissi, coordinateur général de la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus, a précisé que cette mesure permet au condamné de passer « de la dépendance à la responsabilité », en l’encourageant à s’impliquer dans les programmes de réinsertion et à adopter un comportement conforme aux valeurs de la société.
Quant à Therese Reiter, directrice du département juridique de l’Institut danois contre la torture, elle a salué les progrès réalisés par le Maroc dans ce domaine grâce à l’adoption de nouvelles législations ayant permis d’augmenter les taux de libération conditionnelle. Elle a affirmé que ce mécanisme est « d’une importance capitale pour la société et le système judiciaire », car il contribue à réduire la récidive et facilite la réintégration sociale.
Après la séance d’ouverture, marquée par la projection d’une vidéo explicative sur la libération conditionnelle, des sessions scientifiques ont été organisées autour de deux axes : « L’élargissement des possibilités de libération conditionnelle » et « Les défis liés à la gestion des risques », en vue de formuler des recommandations pratiques pour renforcer ce mécanisme au sein de la politique pénale marocaine.

