Dakhla – Les participants à la première conférence africaine sur les systèmes de santé et la souveraineté sanitaire, qui a débuté vendredi à Dakhla, ont appelé à renforcer les soins de santé primaires et à adopter une gouvernance plus structurée du secteur de la santé en Afrique.
Lors d’une session de discussion sur les modèles organisationnels et la gouvernance des systèmes de santé, les experts et professionnels de la santé ont souligné que la réforme des systèmes de santé africains passe par le renforcement des soins primaires, l’instauration de structures de gouvernance claires, le développement des compétences durables, ainsi que par l’adoption d’une approche fondée sur l’équité.
Dans ce cadre, Alex Riolksos Ario, professeur spécialisé en épidémiologie des maladies infectieuses en Ouganda, a indiqué que les soins primaires et la santé communautaire constituent l’épine dorsale des systèmes de santé en Afrique, en particulier dans les zones rurales. Il a rappelé que les pays ayant investi dans ce domaine essentiel, tels que l’Éthiopie, l’Ouganda et le Maroc, ont réalisé des progrès significatifs dans la réduction de la mortalité maternelle et infantile, grâce à la prévention, la proximité et le dépistage précoce.
Cependant, le conférencier a souligné que des défis majeurs persistent, notamment le faible financement, le manque de ressources humaines et la fragilité des infrastructures, appelant les décideurs africains à faire preuve d’une volonté politique forte pour renforcer le premier maillon du système de santé.
De son côté, Ahmed Banana, directeur général de l’Hôpital Universitaire International Mohammed VI à Rabat, a présenté la dynamique de transformation du système de santé marocain dans le cadre de la loi-cadre 22-06, précisant qu’elle constitue une rupture avec les réformes ponctuelles au profit d’une réforme globale basée sur les regroupements sanitaires territoriaux, l’élargissement de l’offre de soins et une stratégie claire de souveraineté sanitaire.
M. Banana a insisté sur la capacité du système de santé marocain à résister aux crises telles que la pandémie de COVID-19 ou le séisme d’Al Haouz, soulignant sa résilience dans l’absorption des chocs, la gestion des interventions et la transformation durable des dispositifs. Il a également mis l’accent sur l’importance du capital humain, estimant que la formation, la rétention et la motivation des professionnels constituent le socle de toute transformation réussie.
En matière de lutte contre le cancer, Najat Mokhtar, directrice adjointe de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) et cheffe du département des sciences et applications nucléaires, a mis en lumière le rôle de l’Agence dans le soutien aux pays africains à ressources limitées, notamment dans les domaines de l’imagerie médicale, de la radiothérapie et de la formation. Elle a souligné que les obstacles ne se limitent pas au manque d’équipements, mais concernent également le faible nombre de personnels qualifiés pour les utiliser et les entretenir, entraînant des pannes fréquentes et des diagnostics tardifs.
Pour sa part, le Professeur Raja Aghzadi, spécialiste en chirurgie du cancer et des maladies du sein, a insisté sur le fait qu’aucune réforme sanitaire ne serait efficace sans justice sociale, rappelant que les femmes restent les plus touchées par l’accès limité aux soins en Afrique, en raison notamment de la mortalité maternelle élevée, des barrières culturelles ou du manque de diagnostic, particulièrement pour les cancers féminins.
La conférence réunit près de 200 experts africains en présentiel, ainsi qu’environ 1 000 participants à distance. Elle s’inscrit dans la dynamique conduite par Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour la souveraineté sanitaire africaine, fondée sur l’innovation, la coopération et le renforcement des capacités.

