Par : Ibrahim Ben Madane
Dans cet entretien avec M. Mohamed Souhali, président de la Fédération régionale de la Tbourida de la région Rabat-Salé-Kénitra et président de l’Association marocaine d’équitation traditionnelle Ahwaz Salé, nous mettons en lumière le domaine de la Tbourida et de l’équitation traditionnelle au Maroc, ainsi que les défis et obstacles auxquels il est confronté.
Q : Pouvez-vous nous parler du domaine de la Tbourida et de son état au Maroc ?
R : Je suis heureux de cet entretien avec vous et je salue sincèrement le corps journalistique de notre pays, car vous partagez notre souci de valoriser et de préserver l’équitation traditionnelle dans un cadre de préservation du patrimoine culturel. Malgré les difficultés financières et morales, et la pression qui a conduit à l’annulation de certaines saisons et festivals dans la région Rabat-Salé-Kénitra, et particulièrement à Salé, le domaine continue de prospérer et il n’y a pas lieu de s’inquiéter.
Q : À quoi attribuez-vous cette continuité ?
R : La continuité revient à la confiance et au dévouement des « ksaba » (chefs de troupe) qui, malgré les difficultés, préservent les chevaux et l’équitation et transmettent ce savoir à leurs enfants, souvent à domicile. Nous voyons sur les réseaux sociaux comment un père enseigne à son fils les mouvements, les techniques et les écoles locales. Dans notre région ou au niveau national, que ce soit la méthode Charkawiya ou Naciriya, cela montre que l’équitation traditionnelle continue de perdurer malgré les problèmes rencontrés.
Q : Et au niveau national ?
R : Au niveau national, le domaine fonctionne sous la présidence effective de Sa Majesté le Roi, avec la supervision et la gestion directe de Sharif Moulay Abdallah, que Dieu le récompense pour tout le bien qu’il apporte aux cavaliers.
Q : Que proposez-vous pour développer ce domaine au Maroc ?
R : Pour garantir la continuité et un parcours réussi en équitation traditionnelle, il est nécessaire de structurer ce secteur, de lui donner un cadre légal, et de l’éloigner de l’influence politique. Le financement ne devrait pas dépendre des conseils élus, mais d’un projet supervisé par le Ministère de la Culture, à travers des études et plusieurs festivals nationaux, avec un soutien direct du ministère. La gestion administrative et réglementaire, via le Ministère de l’Intérieur et les autorisations délivrées par la Fédération royale, assurera l’organisation correcte du domaine. Actuellement, les problèmes que nous rencontrons proviennent des présidents des conseils qui mélangent intérêts politiques et patrimoniaux.
Q : Comment l’ingérence des présidents des conseils affecte-t-elle négativement le domaine ?
R : Dans les zones rurales, le poids électoral est important et les présidents exploitent ce fait. Si vous n’êtes pas leur allié, vous ne recevrez ni soutien, ni accès aux ressources ou aux festivals. Cette manipulation politique transforme souvent les festivals en vitrines électorales.
Q : Cela signifie-t-il que le rôle associatif est absent ?
R : Bien sûr que non. Ce sont les associations qui gèrent réellement le domaine. Les politiciens interviennent ensuite pour exploiter le système. Nous espérons que le Ministère de la Culture, le Ministère de l’Intérieur et la Fédération royale pourront garantir un soutien direct et limiter l’ingérence des conseils élus, afin que le patrimoine soit protégé et que les activités parallèles ne soient pas bloquées, comme c’est le cas actuellement à Salé.
Q : Seule la ville de Salé est-elle concernée ?
R : Non, d’autres villes comme Temara et Skhirat rencontrent également des blocages dans leurs activités.
Q : Quel est votre message final ?
R : Je tiens à remercier Sharif Moulay Abdallah pour ses efforts considérables dans la valorisation et la préservation de ce domaine, grâce à une gestion expérimentée avec des vétérinaires, des ingénieurs spécialisés et des administrateurs. Je remercie également les « Mqaddem », qui financent eux-mêmes leur participation aux concours et festivals. Leur engagement démontre l’authenticité et la passion qui animent la Tbourida au Maroc.

