En entrant dans les restaurants d’Icherisheher, la ville ancienne de Bakou, un objet particulier attire, tel un aimant, tous les regards : un magnifique tapis mural qui trône majestueusement au milieu de la pièce, conférant un charme authentique aux lieux et ravissant la vedette aux succulents plats proposés dans le menu.
Dans les restaurants et Chaikhana (salons de thé fréquentés par les hommes) de cette partie de la capitale azerbaïdjanaise, les tapis noués ou tissés à la main par les femmes de Guba, Bakou, Shirvan, Ganja, Gazakh, Karabakh et Tabriz sont une pièce incontournable du décor qui offre aux visiteurs une expérience mémorable.
Shadda, Zilli, Kilim, Sumakh, Palas ou Namazlig sont des noms de tapis azerbaïdjanais qui se distinguent par leurs teintes chaleureuses, leur texture dense, leurs ornements, leurs compositions et leur haute qualité.
En Azerbaïdjan, les tapis sont classés selon les centres de tissage qui représentent les différentes régions du pays et se démarquent chacun par un design décoratif unique.
Bakou, à elle seule, abrite environ 11.000 produits de tapis, d’après le Musée national qui leur est dédié. Les tapis de la capitale sont célèbres pour leur tissage fin, leurs tailles moyennes et petites, leur forme carrée et parfois allongée et leur densité, lit-on sur une fiche explicative exposée au Musée.
L’art du tissage du tapis azerbaïdjanais a été inscrit en 2010 par l’UNESCO sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Les tisserandes azerbaïdjanaises, qui assurent la pérennité de cet art, ont toujours manifesté leur intérêt pour l’environnement et leur souci d’adaptation aux changements climatiques.
“Les liens entre les tapis azerbaïdjanais et le climat sont évidents puisque nous les fabriquons à partir de matériaux naturels”, a souligné Lala R. Mikailova, cheffe du département des Relations internationales et de l’innovation au Musée national des tapis de l’Azerbaïdjan.
“L’abondance des matières premières a favorisé le développement du tissage de tapis”, a indiqué Mme Mikailova dans une déclaration à la MAP, précisant que le pays, décrit comme un “grand centre d’élevage semi-nomade”, abrite neuf des treize races caucasiennes de moutons, dont le bozag, le balbas, le mérinos, le herik, le shirvan, le lezgi et le karabakh.
Elle a, dans ce cadre, mis en avant la présence de nombreux colorants naturels, ajoutant qu’en Azerbaïdjan, la préférence était accordée, depuis des temps immémoriaux, aux pigments végétaux.
Les peintures d’origine minérale et animale étaient également “largement utilisées”, a-t-elle dit, faisant savoir que ces dernières étaient considérées comme “les plus durables”.
Pour obtenir du noir à partir de colorants végétaux, les artisans utilisaient l’écorce supérieure des noix et des grenades non mûres et l’écorce de noyer et de chêne, a expliqué la responsable.
Les pigments jaunes étaient, eux, obtenus à partir des feuilles jaunies de mûrier, des pelures d’oignon et de l’écorce de pommier sauvage, alors que le rouge provenait de la garance et de la cochenille, a-t-elle ajouté.
Le processus de coloration consistait à faire bouillir des boules de fil dans un chaudron rempli avec le colorant requis, selon plusieurs designers, dont le défunt Latif Karimov, auteur de recherches fondamentales sur le tapis azerbaïdjanais.
Une fois que la boule de fil absorbe le colorant, la phase délicate d’imprégnation ou de développement de la couleur commence avant de céder la place au séchage.
Depuis le 19ème siècle, marqué par le développement du tissage des tapis dans le Caucase, des ateliers de teinture ont été ouverts partout, d’après Roya Seyfaddine Taghiyeva, auteure de plus de 200 travaux scientifiques sur l’étude et la promotion du tapis azerbaïdjanais.
La première étape de la fabrication d’un tapis est la tonte des moutons, soigneusement sélectionnés dans les prairies, gardés séparément des autres et qui recevaient une nourriture spéciale pour favoriser l’éclat et la brillance de leur laine.
Après la tonte, la laine est triée, lavée, battue et peignée. Elle était posée sur les pierres, battue par des brindilles, arrosée et rincée maintes fois avant d’être séchée.
L’étape suivante, le filage, se fait à l’aide d’un fuseau et de rouets, alors que le tissage, dernière étape du processus, est réalisé par les femmes pendant l’hiver sur un métier à tisser horizontal ou vertical à l’aide de fils de laine, de coton ou de soie.
Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), le tissage est une tradition qui se transmet oralement et par la pratique par les mamans et les grand-mères à leurs filles et petites filles et par les belles-mères à leurs brus.
Qu’il soit destiné à la décoration murale, à la prière, aux célébrations nuptiales ou aux rituels funéraires, le tapis azerbaïdjanais continue à être tissé avec des fils de tradition et d’innovation.
MAP

