Pour la réalisatrice et actrice libanaise Nadine Labaki, le cinéma n’est pas seulement une expression artistique, mais un besoin vital permettant de convertir la colère en énergie créative et constructive. Pourtant, ce qui l’effraie le plus reste l’emprise de la censure intérieure, capable — selonها — de vider l’artiste de دوره والحدّ من مسؤوليته الاجتماعية.
Invitée de la rubrique « Conversations » dans le cadre de la 22ᵉ édition du Festival International du Film de Marrakech, Labaki a expliqué que le cinéma possède une capacité unique à toucher la sensibilité du public et à susciter le questionnement autour des enjeux individuels et collectifs. Sa crainte majeure demeure cependant de céder aux attentes sociales et de perdre cette « innocence première » dans le regard, التي تعتبرها جوهر الإبداع الحقيقي.
La réalisatrice de Caramel (2007) a insisté sur ضرورة أن يظل الفنان قادراً على provoquer le débat et bousculer les idées préconçues. Elle est revenue également sur sa relation particulière avec le festival de Marrakech, où avait été projeté en 2018 son film Capharnaüm, une œuvre devenue un phénomène culturel mondial. Elle garde une mémoire vive de la réaction profondément émotive du public marrakchi face à ce long-métrage qui aborde, avec une sensibilité brute, la détresse des enfants des rues à Beyrouth, notamment ceux issus de familles réfugiées.
Malgré son succès international et ses nombreuses récompenses, Capharnaüm continue de laisser des traces douloureuses chez sa réalisatrice. Elle avoue avoir cru, un instant, que le film pourrait déclencher un élan collectif pour changer le destin de ces enfants. Certes, le jeune héros syrien Zain a pu être secouru et vit aujourd’hui en Norvège où il étudie la médecine vétérinaire, mais Labaki ne peut s’empêcher de se demander : « Et les autres, ceux qui continuent d’errer dans les rues du Liban et d’ailleurs ? » — dit-elle les larmes aux yeux, sept ans après la sortie du film.
Labaki a également évoqué la manière chaotique mais contrôlée dont elle a tourné le film، راغبة في إظهار هذه الأحياء والمناظر المهمّشة بعيداً عن بريق وسط المدينة. Elle a dû s’adapter au rythme des enfants pour capter des réactions authentiques, laissant souvent place à l’improvisation et à une réorganisation constante des scènes.
Pour obtenir un jeu qui ne reproduit pas le réel mais qui s’y fond réellement، تستعين Labaki par des acteurs non-professionnels afin de provoquer des réactions spontanées et profondes. Quant à la musique، فهي تعتبرها شخصية رئيسية تولد مع الفكرة الأولى للفيلم، profitant de sa collaboration étroite avec son mari, compositeur, dont les partitions s’inspirent de l’héritage du théâtre musical libanais des Rahbani. « La musique dans mes films est un hommage à cette époque florissante de l’art libanais », confie-t-elle.
Lorsqu’elle joue sous la direction d’autres réalisateurs، تدرك أكثر هشاشة المخرج ولحظاته المليئة بالشك، ce qui l’aide à développer une relation plus empathique et plus douce avec ses propres acteurs، s’appuyant souvent sur l’intuition et l’improvisation pour atteindre une vérité émotionnelle.
Labaki ne renie pas son passé dans la publicité et les vidéoclips, au contraire : elle en est fière. À une époque où l’industrie cinématographique traversait des crises et un manque de production, ces expériences ont été un véritable laboratoire artistique pour elle, lui apprenant à raconter une histoire en quelques minutes seulement.
L’importance du rôle féminin, omniprésente dans son œuvre — notamment dans Et maintenant, on va où ? (2011), qui prête la voix à des femmes cherchant à apaiser les tensions confessionnelles — reviendra au cœur de son prochain projet. Car pour Labaki, la question féminine ne vieillit jamais tant que les visions stéréotypées continuent de freiner l’émancipation des femmes.

