L’icône du cinéma et de la télévision égyptiens, Yousra, a affirmé ce lundi à Marrakech que le secret de sa réussite repose principalement sur sa capacité à se renouveler continuellement et à s’adapter à différents rôles et genres cinématographiques tout au long de sa carrière artistique qui s’étend sur près de cinquante ans.
Invitée de la section « Conversations » dans le cadre de la 22ᵉ édition du Festival international du film de Marrakech, la star égyptienne a partagé avec le public les étapes marquantes de son riche parcours, passant des films musicaux et romantiques des années 1980 aux rôles psychologiques plus complexes, puis aux dramatiques ramadanesques modernes. Elle a insisté sur le fait qu’elle ne s’est jamais laissée enfermer dans un seul type de rôle.
Au cours de la rencontre, plusieurs extraits de ses œuvres les plus marquantes ont été projetés, notamment Alexandrie encore et toujours, Le Terrorisme et le Kebab, Les Oiseaux de ténèbres, L’Immeuble Yacoubian et Dantilla. Ces extraits ont mis en lumière la richesse de son expérience et la diversité des personnages qu’elle a incarnés.
Yousra — de son vrai nom Sevin Mohamed Hafez Nassim — a également souligné que son succès est le fruit de collaborations avec de grands noms du cinéma arabe, tels que le réalisateur Youssef Chahine, le scénariste défunt Wahid Hamed, ainsi que l’acteur Adel Imam, avec qui elle a partagé l’affiche dans pas moins de 17 films.
Elle a déclaré : « Plus je découvre de nouveaux personnages, plus je comprends la profondeur des émotions humaines et la manière de les transmettre au public ».
La comédienne chevronnée a ajouté que l’expérience acquise au fil des décennies lui permet aujourd’hui de garder calme et concentration dans les projets les plus exigeants, de mieux diriger certaines scènes, de soutenir les jeunes acteurs et même d’improviser lorsque la situation l’exige.
Yousra, considérée comme l’une des plus grandes stars arabes, a salué l’émergence d’une nouvelle génération de talents, estimant que la complémentarité entre l’expérience des anciens et l’énergie des jeunes artistes constitue une véritable force pour le cinéma et un moteur de son évolution continue.
Concernant les évolutions technologiques, notamment l’intelligence artificielle, elle a rappelé qu’il s’agit d’un outil « créé par l’être humain, pouvant accompagner le processus créatif, mais incapable de remplacer la sensibilité humaine ou sa valeur ».
En plus de sa carrière d’actrice, Yousra a laissé une empreinte importante dans la scène musicale égyptienne grâce à plusieurs chansons pop et romantiques. En 2017, elle a fait un retour remarqué avec Talat Daqat, interprétée en duo avec le chanteur Abu — un choix qu’elle qualifie de spontané : « Quand j’ai entendu la chanson, je l’ai aimée et je l’ai chantée immédiatement, sans réfléchir ».
La chanson est devenue l’un des plus grands succès arabes et figure toujours parmi les vidéos les plus vues sur YouTube.
Au fil de sa carrière, Yousra a reçu de nombreuses distinctions dans des festivals arabes et internationaux, dont le Prix Honorifique Al Yusr au Festival international du film de la mer Rouge, ainsi que le Prix de la Femme arabe en 2015 à Londres. Son engagement artistique et social lui a également valu d’être élue en 2019 membre de l’Académie des arts et des sciences du cinéma, lui donnant le droit de vote aux Oscars, en plus de sa nomination comme ambassadrice de bonne volonté du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.
En novembre 2025, l’État français lui a décerné l’insigne de Chevalier de la Légion d’honneur, une distinction prestigieuse couronnant ses cinquante années de contribution au monde de l’art.

