À l’aube, alors que la brume amazonienne enveloppe encore les fenêtres, les premiers bus se remplissent de personnes vêtues de blouses blanches, portant des sacs en bandoulière et des badges accrochés autour du cou. Malgré les signes de fatigue sur les visages, le rythme ne faiblit pas : chaque jour, des centaines de bénévoles se relaient pour soutenir la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP30), qui se tient au cœur de la forêt amazonienne.
Ils sont visibles partout : à un virage, en bas d’un escalier, ou dans les espaces où les participants font une pause entre deux sessions. Ils accueillent, guident, traduisent et rassurent, improvisant souvent des solutions lorsque certains détails logistiques échappent à la coordination.
Parmi eux, Ayrton Henrique Rodrigues, 19 ans, étudiant en ingénierie des matériaux à l’Université fédérale de Pará. Ce matin-là, alors qu’il vérifie les entrées d’un bus réservé aux délégués, il confie à l’Agence Maghreb Arabe Presse avec un sourire timide : « J’aime aider les gens ».
Il ajoute qu’il n’aime pas particulièrement les foules, mais qu’il se sent utile. « Et cela compte aussi pour mon parcours académique », explique-t-il, précisant que ce rôle est devenu naturel après être devenu l’un des visages familiers sur lesquels les délégations comptent.
Il précise que parler anglais au début était un frein : « Je n’ai jamais pris de cours, je suis autodidacte. Mais ici, soit je parle, soit je ne peux aider personne », dit-il avec fierté.
Dans ce contexte parfois chaotique, entre conducteurs pressés et badges égarés, Ayrton semble évoluer sans crainte. « Parfois, il y a des tensions, mais cela fait partie du quotidien », souligne-t-il, ajoutant que c’est une expérience unique puisqu’il a pu échanger avec des personnes du Kenya, du Népal, de Palau et du Maroc.
Non loin de là, dans un coin tranquille de la zone verte, Flavia Verônica Ribeiro de Souza, travailleuse sociale de 35 ans, ajuste nerveusement ses lacets. Sa voix tranche avec l’enthousiasme ambiant. Pourtant, malgré la fatigue, elle prend plaisir à rire en se rappelant certaines situations, comme le jour où elle a accompagné une jeune femme si fragile que tous étaient prêts à l’aider.
À l’autre extrémité, Amanda, étudiante en biologie à la même université, rayonne d’énergie. Pour elle, être là est naturel : « Mon domaine d’études est lié au climat, et c’est une occasion de rencontrer des gens du monde entier ».
Elle parle anglais, apprend le français et l’italien, et a surmonté sa timidité. À peine avait-elle accompagné un visiteur à la salle de prière qu’elle relatait déjà une série d’imprévus qui rythment sa journée : une touriste perdue après la fermeture, un délégué népalais monté dans le mauvais bus…
Amanda souligne que l’organisation est globalement bonne, même si certains détails la perturbent parfois, comme les changements de règles d’accès à certaines zones d’un jour à l’autre. Ces ajustements ont été faits suite à des plaintes internes, poussant le secrétariat exceptionnel en charge de l’organisation à tenir une réunion pour apaiser les tensions.
La conférence se poursuivra pendant environ vingt jours, mais l’expérience laissera une empreinte durable chez les bénévoles, qui auront acquis des valeurs de courage, d’initiative et de responsabilité, et se sentiront comme « l’armée silencieuse » sans laquelle beaucoup de rouages n’auraient pas fonctionné.

