La Bibliothèque nationale de Rabat a accueilli, jeudi soir, une rencontre intellectuelle consacrée à l’héritage juridique et humaniste du défunt Ahmed Chaouki Benyoub. Initiée par l’Organisation marocaine des droits humains, cette manifestation a réuni diverses personnalités intellectuelles, politiques et académiques qui ont revisité plus de quatre décennies d’engagement militant, associatif et institutionnel ayant marqué la présence du défunt sur la scène des droits humains au Maroc.
Le Médiateur du Royaume, Hassan Tarek, a présenté une lecture de l’ouvrage du défunt intitulé « Les valeurs de la société démocratique », estimant que ce livre condense une vision intellectuelle cohérente qui fait de la citoyenneté une valeur centrale dont découlent toutes les autres, et de la démocratie un cadre dynamique inspirant les valeurs politiques et nourrissant l’essor des droits humains. Selon Tarek, Benyoub considérait que les droits humains ne sont pas détachés de l’action politique, mais s’y imbriquent profondément, possédant leur propre politique fondée sur des valeurs, des finalités et l’humanisation de la pratique politique. Il a ajouté que l’ouvrage reflète la passion du défunt pour la philosophie, la pensée politique et le droit, ainsi que sa capacité à conceptualiser et à analyser les contextes institutionnels en dehors des jugements simplistes, ce qui en fait l’un des réformateurs marquants de l’histoire contemporaine des droits humains au Maroc.
Pour sa part, le président de l’Organisation marocaine des droits humains, Noufal Bouaamri, a présenté une analyse de l’ouvrage « L’Organisation et la Justice Transitionnelle », qu’il considère comme une référence essentielle pour comprendre l’expérience marocaine dans ce domaine du point de vue politique et humaniste. Il a souligné que Benyoub y propose une lecture approfondie du parcours de la justice transitionnelle au Maroc, telle qu’il l’a vécue au sein de l’organisation, au sein de l’Instance Équité et Réconciliation, puis à travers ses responsabilités institutionnelles dans le domaine des droits humains. Bouaamri a expliqué que la justice transitionnelle au Maroc n’a pas été un simple mécanisme technique visant à traiter les violations du passé, mais une composante d’un projet national global visant à reconstruire la confiance entre l’État et la société, ce qui a conféré à l’expérience marocaine une reconnaissance internationale.
Dans la même perspective, le penseur Mohamed Noureddine Affaya a présenté une lecture de l’ouvrage « Ainsi était-ce », coécrit par le défunt avec le militant des droits humains Mbarek Boudarqa. Il a souligné la valeur narrative et documentaire de ce livre, qui revisite une étape charnière de la transition démocratique au Maroc à travers la mémoire, le témoignage et la documentation. Affaya a considéré que cet ouvrage constitue un effort exceptionnel de consignation d’une période politique sensible vécue de près par ses auteurs, lui conférant ainsi une grande portée cognitive et documentaire.
La rencontre s’est conclue par un hommage unanime à l’héritage intellectuel et humaniste laissé par Ahmed Chaouki Benyoub, considéré comme une référence indispensable pour comprendre l’évolution démocratique au Maroc, et dont les travaux continueront d’inspirer chercheurs et acteurs des droits humains pendant de nombreuses années.

